Ce plan de cours a pour but d’initier les étudiants au secondaire et post-secondaire à l’artiste de la nouvelle vague autochtone, Leanne Betasamosake Simpson, une raconteuse, poète, musicienne et érudite michi saagiig nishnaabeg.

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1. PLAN DE COURS: LEANNE BETASAMOSAKE SIMPSON

Leanne Betasamosake Simpson est une artiste, musicienne, poète et écrivaine michi saagiig nishnaabeg reconnue, qui a été décrite à plusieurs reprises comme l’une des voix autochtones les plus captivantes de sa génération. Son oeuvre dissipe les frontières entre le récit et la chanson – permettant à son auditoire de voyager dans un monde riche en sons, en lumière et en créativité souveraine. Son dernier album, f(l)ight, a été lancé en 2016 par RPM Records. f(l)ight est une collection captivante de chansons-récits qui fusionne avec justesse la prose complexe de Simpson avec ses histoires multidimensionnelles de la terre, de l’esprit et du corps, tout cela accompagné d’arrangements acoustiques et électroniques foisonnants.

Simpson était l’un des artistes principales de la tournée New Constellations; elle a donné un performance avec son groupe (les chanteurs-compositeurs Nick Ferrio et Ansley Simpson et la violoncelliste Cris Derksen) à chacun des 13 concerts. Elle a écrit plusieurs livres, des essais aux histoires en passant par les chansons, et ses ouvrages les plus récents incluent As We Have Always Done: Indigenous Freedom Through Radical Resistance (University of Minnesota Press, October 2017) et This Accident of Being Lost (House of Anansi Press, April 2016), qui a été nommé pour le prix du Rogers Writers’ Trust Fiction.


2. OEUVRE SÉLECTIONNÉE

Tu peux écouter l’album f(l)ight de Leanne Betasamosake Simpson sur sa page bandcamp, ici: https://leannesimpson.bandcamp.com/album/f-l-ight


Tu peux aussi lire le poème «i am graffiti» (au son de la musique de son album ci-haut) sur le site de Poetry In Voice: https://www.poetryinvoice.com/poems/i-am-graffiti


3. ENTREVUE AVEC L’ARTISTE

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire «under your always light»?

J’adore les histoires, les chansons et les récits nishnaabeg et je suis vraiment en amour avec notre langue. Nous avons beaucoup de récits de gens qui ont dû s’enfuir et, historiquement, notre peuple a échappé au danger plusieurs fois en s’installant de plus en plus profondément dans la forêt. J’aime cette idée, de s’échapper vers l’univers nishnaabeg; c’est ce qui m’a poussé à penser au sens que cela avait dans ma propre vie. Je voulais écrire quelque chose à propos de mon expérience en tant que femme autochtone qui célébrerait ma réalité et ma prise de mon pouvoir, tout en soutenant et en honorant la grande communauté qui me supporte. Je voulais parler du fléau des femmes autochtones disparues et assassinées, des deux esprits et des trans, mais sous un autre angle.

 

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui désirent écrire sur des sujets difficiles?

Ça dépend ce que tu veux dire par «sujets difficiles». Je pense que dire la vérité est très important dans l’écriture autochtone. Encore en 2018, un blanc peut trouver «difficile» de lire et d’écouter un autochtone parler de sa vie.  C’est correct. C’est correct que des gens de race blanche se sentent perturbés et bouleversés en lisant des textes autochtones. Pour plusieurs auteurs autochtones, écrire à propos de notre vérité collective est un moyen d’entamer une discussion sur les conséquences de la violence – parce que la violence a grandement servi au Canada dans leur mission de nous opprimer. Je pense toujours à mes lecteurs autochtones quand j’écris sur des sujets difficiles – je veux qu’ils s’affirment et qu’ils se sentent encouragés, plutôt que provoqués. Je n’ai aussi aucun intérêt à écrire d’un point de vue de victime, en plaçant, dès la première phrase, les autochtones dans un contexte de soumission. Dans mes histoires, je préfère illustrer le pouvoir et la résistance de notre peuple et de nos communautés.

 

Tu as débuté ta carrière en tant qu’écrivaine. Qu’est-ce qui t’a donné envie de collaborer avec des musiciens?

Je me suis intéressée à la création puisque c’était une manière de créer de nouveaux mondes éphémères. J’aime l’idée d’interagir avec l’énergie de mon public. J’ai commencé à m’intéresser à l’écriture dans le cadre d’une performance – des oeuvres qui solliciteraient des gens qui ne pourraient les entendre qu’une seule fois. Je ne voulais pas collaborer avec des musiciens en tant que poète – j’avais envie d’utiliser le récit et la voix et de les mélanger à la musique et de présenter le résultat devant un auditoire. Je pense que c’est là que la magie prend place.

 

Pourquoi avoir écrit «i am graffiti»?

Je regardais la clôture de la Commission de vérité et réconciliation et j’étais fâchée, je ne me sentais pas réconciliée. Bien qu’un travail incroyable ait résulté de la CVR et que certains survivants y aient trouvé réconfort, le gouvernement canadien n’a pas été honorable ni ouvert durant tout le processus; et le tout m’a semblé manipulateur. On aurait dit une stratégie pour neutraliser la colère des autochtones sans aborder les sujets du retour de nos terres, du partage de pouvoir et de la décolonisation du Canada. Le Canada a tenté d’assimiler les peuples autochtones, des erreurs ont été faites, ça n’a pas fonctionné. Je suis encore ici. Je suis un graffiti.

 

Ton poème «i am graffiti» est devenu l’une des oeuvres les plus populaires l’année où elle a été ajoutée au concours de récitation Poetry In Voice. Comment te sentais-tu à l’idée que ton travail touchait autant de jeunes?

Je n’y ai jamais vraiment pensé. Apprendre par coeur le poème de quelqu’un d’autre est un drôle de concept. Quand il n’y a pas de concours ou de professeur – laissé à eux-mêmes, est-ce que les gens apprennent réellement des choses par coeur? Autre que mon propre travail, je pense que la seule autre chose que j’ai dû mémoriser était les versets de la bible, «Oh Canada» et la prière du Seigneur. Je serais plus intéressée de lire ou d’entendre le travail que ces étudiants ont écrit. Mémoriser des choses n’est pas une pratique courante dans ma culture.

Toutefois, j’aime réfléchir au concept de mémorisation. J’ai mémorisé des choses sans même en être consciente – des paroles de chansons, des publicités, des monologues de films. Quelles sont les choses que mon corps apprend par coeur, inconsciemment, et  qu’il joue et rejoue tout au long de ma vie?

 

Comment mémorises-tu ton propre travail?

Je pratique, pratique, pratique et pratique. J’écoute des enregistrements de mon travail. Je répète seule et avec mon groupe. Je m’enregistre et je me réécoute.

 

As-tu des conseils pour les jeunes auteurs qui veulent monter sur scène mais qui n’ont pas encore la confiance nécessaire?

Fais-le quand même. Trouve des petites soirées «open mic» ou d’autres occasions pour lire ton travail. Lis-le même si tu as peur. Pratique seul et devant tes amis et ta famille. Avec le temps, ce sera de plus en plus facile.

 

Qu’espères-tu que ton public retienne de ton travail?

J’espère que les personnes autochtones pourront se reconnaître dans mon travail. J’espère qu’ils sortiront en riant, submergés par une vague de confiance. J’espère que ça leur donnera envie de laisser leur marque et que, collectivement, nous ressentirons une plus grande proximité.

 

Qu’est-ce que «résurgence» veut dire pour toi?

La résurgence autochtone est le fait de reconstruire nos nations, nos communautés, nos familles et nous-mêmes, de l’intérieur vers l’extérieur, en utilisant, à notre manière, notre intelligence et nos principes et coutumes autochtones.


4. EXERCICES D’ÉCRITURE

Les textes de Simpson «under your always light» et «i am graffiti» sont inspirés d’événements contemporains. Quel événement historique ou problème social te fâche? Comment est-il lié à ton expérience personnelle? Qu’est-ce qui te donne de l’espoir face à ce problème? Regarde attentivement le travail de Simpson et écris une histoire, un poème ou un essai sur ce que veut dire la résilience, la survie et/ou la justice pour toi.

Pense aux mots que tu as inconsciemment mémorisés au cours de ta vie, après les avoir entendus et répétés encore et encore – de la musique d’une publicité aux paroles d’une chanson à l’hymne national aux reconnaissances territoriales. Écris tout ce qui te passe par la tête. Que disent ces mots sur les messages qui nous entourent, constamment absorbés par nos corps? Parmi ces idées, avec lesquelles es-tu d’accord? Lesquelles rejettes-tu? Choisis la ligne qui t’interpelle le plus, qu’elle soit positive ou négative, et écris-la au haut de la page. Voici ton titre. Maintenant, écris un poème qui défend ou réfute l’idée exprimée dans ton titre, de la longueur que tu juges nécessaire pour expliquer ton point de vue.


5. CVR: IMAGINE UN CANADA

Le Centre national pour la vérité et réconciliation (CVR ) fait appel aux jeunes pour que chacun d’eux Imagine un Canada dans une optique de Réconciliation! Quelle est ta vision de la Réconciliation? À quoi ressemble-t-elle?

Imagine un Canada est une invitation aux jeunes, de partout à travers le pays, à partager leur vision de ce que pourrait être la Réconciliation. Cela peut être un poème, une chanson, une peinture, une sculpture, un rap, un dessin, un essai, tout est permis! Cette invitation est lancée chaque année pour s’assurer que les jeunes continuent de prendre part à la vision de la Réconciliation au Canada. Imagine un Canada est parfait pour les étudiants, de la garderie aux études post-secondaires, pour explorer le passé et notre périple commun vers l’avenir. Nous voulons être collectivement tournés vers le futur de la Réconciliation et la jeunesse mérite de se faire entendre dans le cadre de cette discussion visionnaire. Imagine un Canada est une bonne manière pour les jeunes de, non seulement se sentir comme des citoyens concernés, mais aussi comme des citoyens porteurs de changement. Il faut les encourager à représenter le changement qu’ils désirent voir dans le monde.

Lorsqu’on étudie le travail d’artistes autochtones contemporains, il est important de considérer la relation trouble entre le Canada et les Premières Nations et la vérité relative à l’histoire des pensionnats, une approche que le CVR supporte dans le cadre de l’enseignement scolaire. À mesure que les étudiants en apprennent plus sur notre histoire, il est important de mettre à leur disposition des façons de contribuer au changement. Apprendre la vérité sur l’histoire des pensionnats peut être, sans contredit, extrêmement troublant. Nous voulons donc continuer à l’enseigner tout en proposant des occasions pour créer un futur meilleur. Imagine un Canada est une de ces occasions.

Les amis et partenaires du CVR de partout à travers le pays aideront à évaluer les soumissions de chaque région et un participant par province et territoire sera choisi chaque année pour assister à la célébration nationale de Imagine un Canada!

 

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