Ce plan de cours a pour but d’initier les étudiants des niveaux secondaire et post-secondaire au travail de l’artiste de la nouvelle vague autochtone, Joshua Whitehead, un raconteur oji-cri bispirituel/allosexuel.

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1. PLAN DE COURS: JOSHUA WHITEHEAD

Joshua Whitehead est un raconteur oji-cri et bispirituel/allosexuel originaire de la Première Nation Peguis (Traité nº1). Il travaille présentement à l’Université de Calgary (Traité nº7) afin d’obtenir son doctorat en culture et littérature autochtones. Il est l’auteur de full-metal indigiqueer (Talonbooks) et du futur roman Jonny Appleseed (Arsenal Pulp Press).

Joshua s’est joint à la tournée New Constellations à Calgary, éblouissant l’auditoire avec un long poème-performance incantatoire nommé «(wo)manitowapow».


2. ENTREVUE AVEC L’ARTISTE

Ta performance durant la tournée a été électrisante. As-tu écrit le poème pensant à sa sonorité une fois récité à voix haute?

Merci! Notre spectacle à Calgary a été un moment mémorable de 2017 pour moi. J’étais en admiration devant tout le monde cette soirée-là. Je pense beaucoup à mon procédé d’écriture dernièrement parce que c’est une question qu’on me demande souvent. Je ne suis pas certain de comment j’écris – j’aimerais avoir une réponse simple. Les gens me demandent si je suis un écrivain, un poète, un critique, un essayiste, un journaliste ou un poète de performance et je dois dire «oui» et «non» à toutes ces réponses. J’écris comment ma tête pense et comment mon esprit parle: je me surnomme un otâcimow, un raconteur, parce que c’est ce que je fais, je mélange les médiums, je construis des histoires. Comme Thomas King a déjà dit «tout est une histoire» et c’est un concept qui me tient à coeur lorsque j’écris. Je pense que, pour moi, la performance en fait toujours partie et que le rythme de ma voix devient la structure de ce que j’écris. Et quand j’écris, je pense à l’oralité, comment les histoires existaient autrefois. Donc quand j’écris, je pense au nôhkum et à mes tantes, ces joueuses de bingo bruyantes. Je tiens beaucoup à la performance puisque c’est ce qui anime une histoire. La page est belle, mais avec la voix? Ça vibre. L’oralité vient naturellement avec ma manière d’écrire parce que j’écris comme je parle et que je parle comme je vis.

 

Comment as-tu découvert la poésie?

J’ai été initié à la poésie au secondaire. Parfois, je me demande: qu’est-ce que «poésie» veut dire? Qu’est-ce que c’est de la poésie? Pour moi, la poésie est simplement une histoire et le but d’une histoire est de créer une réaction – une réaction du corps, de l’esprit, des gens vers un nouveau moyen d’existence. J’essaie de me séparer du fait que la poésie est strictement une forme d’art, un esthétisme ou qu’elle appartient à la Littérature avec un «L» majuscule, tous des termes élitistes et blancs. La poésie, c’est politique et radical. Elle peut se transformer en arme lorsqu’elle est entre les bonnes mains – je pense qu’elle a autant la capacité de détruire le monde que de le reconstruire. J’ai découvert la poésie quand j’étais adolescent, sans être au courant de tout ce que je viens de dire, mais je savais déjà que mon raisonnement s’orientait dans cette direction. J’ai commencé à la pratiquer par nécessité, j’avais besoin d’extérioriser mon corps, mes pensées et mes identités pour exister.

 

Aimes-tu réciter tes poèmes devant public?

J’adore lire mes poèmes devant les gens. Il y a quelque chose de fondamentalement différent dans le fait de lire un poème et de l’entendre à voix haute. Les histoires sont faites pour être racontées de vive voix et quand tu peux avaler une histoire, la tisser avec nehiyawewin sur ta langue et la crier dans une pièce – tu touches les gens. Je pense parfois aux poèmes comme une forme d’incantation, chacun est unique, et si tu laisses ta langue devenir comme une plume, tu retrouves ton «chez toi». C’est comme ça que je me sens quand je récite ma poésie, je me sens chez moi. Et quand tu te permets de dire tes vérités sans retenue, tu permets aux autres de le faire aussi. Quand tu peux te tenir devant une foule et laisser l’histoire devenir un miroir, tu permets aux autres de se voir à travers tes mots.

 

As-tu des conseils pour les jeunes écrivains?

Oui, regarde le monde et découvre ce qu’il lui manque, remplit ce vide avec ton corps. Cette nation est construite sur des terres parsemées d’histoires, le Canada est le fruit d’histoires – dont une qui peut changer, re-grandir et être réappropriée.

 

Qu’espères-tu que les gens retiennent de ton travail?

J’espère qu’ils se verront dans mon travail. Je vois les histoires comme de la médecine – peut-être qu’un poème ou un extrait pourra guérir d’une certaine manière. Et j’espère qu’en se voyant dans des contextes sains, respectueux et chaleureux, cela les encouragera à leur tour à créer des miroirs pour les prochaines générations.

 

Que veut dire «résurgence» pour toi?

Quand je pense à la résurgence, je pense à Leanne Betasamosake Simpson qui raconte que c’est quelque chose d’individuel, qui habite notre corps (et le corps est toujours un amalgame d’histoires, non?). Pour moi, ça veut dire que je suis redevable et responsable envers moi-même pour décoloniser mon esprit, pour me souvenir de ma communauté et pour embellir le paysage littéraire avec le don que kise-manito m’a donné, l’art de raconter des histoires. Beaucoup de gens, autochtones et autres, aiment mettre les bispirituels/allosexuels en périphérie, et nous faire disparaître dans le passé en disant des choses comme «les personnes bispirituelles étaient des shamans, oracles et guérisseurs révérés.» Pour renaître, je me dis que j’ai la responsabilité de raconter à nouveau ces histoires, de dire que nous ne sommes pas du passé mais bien d’aujourd’hui et de nous extraire de ces théories anthropologiques et de nous positionner dans le moment présent.

À partir de maintenant, j’écris pour nous projeter, bispirituels/allosexuels, dans un avenir qui nous reconnaît et qui célèbre comment nous avons survécu dans le passé et comment nous prospérons aujourd’hui. Si «littérature» est synonyme de «responsabilité», je dois ça à mes communautés. La résurgence est une chanson de résurrection, une médecine de renouveau, un réveil de la boîte dans laquelle les colonisateurs nous ont placés et une régénération à travers un corps émergeant d’un lac formé par les larmes de la Femme du ciel. N’est-ce pas là une autre histoire?


3. EXERCICES D’ÉCRITURE

Joshua suggère de jeter un coup d’oeil au monde et d’identifier ce qu’il lui manque. De quoi le monde manque-t-il selon toi? Et qu’est-ce que ça voudrait dire de remplir cet espace avec ton corps? Prend le temps d’écrire ce qui n’est pas représenté autour de toi. As-tu l’impression de te voir dans le monde? Qu’est-ce que ça voudrait dire de transformer une feuille de papier en miroir? Écris un auto-portrait – soit un poème, un essai ou une histoire – qui se concentre sur des particularités de ta vie et de ton expérience que tu n’as jamais vu représentées ailleurs. Inclus le plus de détails sensoriels propres à cette expérience (odeurs, couleurs, textures, goûts, sons).


4. CVR: IMAGINE UN CANADA

Le Centre national pour la vérité et réconciliation (CVR ) fait appel aux jeunes pour que chacun d’eux Imagine un Canada dans une optique de Réconciliation! Quelle est ta vision de la Réconciliation? À quoi ressemble-t-elle?

Imagine un Canada est une invitation aux jeunes, de partout à travers le pays, à partager leur vision de ce que pourrait être la Réconciliation. Cela peut être un poème, une chanson, une peinture, une sculpture, un rap, un dessin, un essai, tout est permis! Cette invitation est lancée chaque année pour s’assurer que les jeunes continuent de prendre part à la vision de la Réconciliation au Canada. Imagine un Canada est parfait pour les étudiants, de la garderie aux études post-secondaires, pour explorer le passé et notre périple commun vers l’avenir. Nous voulons être collectivement tournés vers le futur de la Réconciliation et la jeunesse mérite de se faire entendre dans le cadre de cette discussion visionnaire. Imagine un Canada est une bonne manière pour les jeunes de, non seulement se sentir comme des citoyens concernés, mais aussi comme des citoyens porteurs de changement. Il faut les encourager à représenter le changement qu’ils désirent voir dans le monde.

Lorsqu’on étudie le travail d’artistes autochtones contemporains, il est important de considérer la relation trouble entre le Canada et les Premières Nations et la vérité relative à l’histoire des pensionnats, une approche que le CVR supporte dans le cadre de l’enseignement scolaire. À mesure que les étudiants en apprennent plus sur notre histoire, il est important de mettre à leur disposition des façons de contribuer au changement. Apprendre la vérité sur l’histoire des pensionnats peut être, sans contredit, extrêmement troublant. Nous voulons donc continuer à l’enseigner tout en proposant des occasions pour créer un futur meilleur. Imagine un Canada est une de ces occasions.

Les amis et partenaires du CVR de partout à travers le pays aideront à évaluer les soumissions de chaque région et un participant par province et territoire sera choisi chaque année pour assister à la célébration nationale de Imagine un Canada!

 

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