Ce plan de cours a pour but d’initier les étudiants au secondaire et post-secondaire à l’artiste de la nouvelle vague autochtone, Jeremy Dutcher, un chanteur d’opéra classique et multi-instrumentaliste de la Nation Wolostoq.

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1. PLAN DE COURS: JEREMY DUTCHER

Jeremy Dutcher est un compositeur et chanteur de Toronto. Ténor d’opéra, Dutcher combine ses racines de la Première Nation Wolastoq à ses créations musicales. Son style transforme des concepts musicaux en quelque chose de complètement nouveau, en passant par le classique, le contemporain, le traditionnel et le jazz. Son premier opus Wolastoqiyik Lintuwakonawa (Nos chansons malécites) est à la fois une composition, une ethnographie musicale et une réappropriation linguistique. Les mélodies proviennent des plus vieux enregistrements connus des peuples autochtones vivant autour du bassin de la rivière St. John (Wolastoq). Jeremy priorise la langue Wolastoqey dans sa musique dans l’espoir d’inspirer les jeunes Malécites à apprendre ce dialecte en voie de disparition. Dutcher a remporté le Prix des jeunes artistes de Opera New Brunswick en 2012 et a récemment reçu le Prix de la musique autochtone du Conseil des arts du Canada. Il a étudié la musique classique à l’Université Dalhousie et a appris aux côtés de la chansonnière passamaqouddy Maggie Paul. En plus de la musique, Jeremy est un organisateur engagé au sein des communautés autochtones et LGBT. En collaboration avec la Commission de vérité et réconciliation, il a mis sur pied la première rencontre nationale pour la réconciliation des gens aux deux esprits. Plus tôt cette année, il a lancé la chanson «Honor Song» avec RPM Records, sur laquelle on peut entendre un arrangement grandiose de voix, de cordes, de piano, de percussions et d’électronique.

Jeremy a été l’un des artistes piliers de la tournée New Constellations, donnant une prestation à chacun des 13 concerts qui, pour la plupart, lui ont valu une ovation.


2. OEUVRE SÉLECTIONNÉE

Écoute le premier simple de Jeremy Dutcher, «Honor Song», et regarde la puissante vidéo qui l’accompagne sur le site de Revolutions Per Minute:

http://rpm.fm/news/premiere-jeremy-dutcher-debuts-powerful-new-video-honor-song/

Jeremy explique les images apparaissant dans sa vidéo: «C’était en octobre 2013. Un mois plus tôt, j’avais fait ma valise et je quittais Wolastokuk (territoire malécite) pour la première fois afin d’aller vivre à Kjipuktuk (Halifax) dans le territoire non cédé Mi’kmaq. La difficulté d’être loin de ma langue, de ma culture et de ma famille pour la première fois, dans ma jeune existence de 17 ans, était aggravée par les images dans les médias provenant tout droit de Wolastokuk; notre Grand Chef se faisait arrêter en pleine cérémonie, alors que d’autres étaient tenus en joue pour avoir osé s’opposer aux intérêts corporatifs et aux tests sismiques. Les femmes de Mi’kmaq et de Wolastoq ont défendu leur terre et leurs cours d’eau, comme elles l’ont toujours fait. Des équipes swat et militaires ont été appelées en renfort. L’incident d’Elsipogtog m’a permis de comprendre mon devoir, en tant qu’autochtone, de protéger Kci-kikuwosson (Terre-Mère).

Honor Song de George Paul est devenue un hymne pour les manifestants. Il était et sera toujours un cri de ralliement pour que les nations se réunissent et s’entraident à la réalisation de leur but commun; protéger la terre sur laquelle nous avons vu le jour. Cette chanson est à propos de l’amour latéral – respecter nos racines autochtones et s’entraider; alors allez, on s’y met.

Tan qiniw iyuwok wasis npomawsuwinuwok, tankeyu ’tmine-hc kihtahkmikumon.

Tant qu’il y aura un enfant parmi notre peuple, nous protégerons nos terres.


3. ENTREVUE AVEC L’ARTISTE

Comment est née «Honor Song»?

«Honor Song» était, comme toutes les chansons, un cadeau. Un chanteur mi’kmaq, dénommé George Paul, se l’est fait donner il y a plusieurs années. Les mots évoquent un message d’union et de responsabilité collective en relation avec la protection de notre terre-mère. Il a donné la chanson aux Waponahkiyik, le peuple de l’aube. Elle était souvent chantée dans ma communauté quand j’étais enfant. Je l’ai lancé comme ma première chanson officielle, puisque c’est là que tout a commencé pour moi.

 

Pour «Honor Song» – et pour toutes les autres chansons sur ton album Wolastoqiyik Lintuwakonawa (Nos chansons malécites) – tu chantes en malécite, une langue presque éteinte. Pourquoi est-il si important de se réapproprier des langues en voie de disparition?

Notre langue en dit beaucoup sur qui nous sommes et sur notre place dans le monde qui nous entoure. Si nous ne parlons pas nos langues autochtones, nous perdons un lien avec à la terre, l’endroit d’où notre langue provient.

Puisqu’il y a si peu de gens qui parlent cette langue, il est crucial d’avoir le plus de ressources disponibles pour ceux qui désirent l’apprendre et d’occasions pour réunir les jeunes et les plus âgés afin qu’ils s’entraident.

La disparition de la langue a même eu lieu dans ma famille;

Ma mère, quand elle avait six ans, est allée aux écoles dirigées par l’Église. Il lui était interdit de parler la seule langue qu’elle connaissait et elle savait qu’elle serait punie si elle désobéissait. Quand ma mère était jeune, presque tout le monde parlait la langue. Maintenant, il y a moins de 100 personnes qui la parle couramment.

Ma musique a été écrite exclusivement dans ma langue en espérant inspirer d’autres jeunes Wolastoqiyik à la parler et à en apprendre plus sur notre culture.

 

Pourquoi la musique est-elle un si bon outil pour se réapproprier une langue?

Les mots ont un rythme. Tous les mots ont une cadence et une mélodie. Essaie-le – écris une phrase et répète-la jusqu’à ce qu’elle forme une mélodie. Je pense qu’il y a une connexion intrinsèque entre les mots et une chanson. Tout le monde connaît par coeur les paroles de leur chanson préférée. Chanter est comme parler mais avec beaucoup plus d’air.

 

Quel artiste a signé les images de ton premier vidéoclip pour «Honor Song»? Pourquoi l’avoir choisi?

C’est Jordan Bennett qui a conçu le visuel de la chanson. Il est un artiste visuel de la Nation Mi’kmaq et j’étais fan de son travail depuis longtemps. Les Mi’kmaq et les Wolastoqiyik sont des voisins sur la côte est et entretiennent de bonnes relations depuis plusieurs années; nos artistes ont toujours travaillé ensemble. Puisque cette mélodie est du territoire mik’kmaq, j’ai pensé que c’était l’occasion idéale pour collaborer ensemble.

 

Qu’espères-tu transmettre aux gens qui écouteront ta musique?

Premièrement, j’espère que les gens apprécieront ce qu’ils entendent. La musique est toujours une façon de diffuser de la beauté dans ce monde et j’espère réussir à cette tâche. Autrement, j’espère que les gens comprendront l’éventail des expériences vécues par les peuples autochtones, ainsi que l’ampleur de notre expression artistique. La musique autochtone n’a pas un seul son; elle est vaste, riche et inclusive.

J’espère que les musiciens qui m’écoutent entameront une réflexion sur leur pratique musicale et se sentiront encouragés à repenser à la direction dans laquelle leur musique s’inscrit.

 

Qu’est-ce que le mot «résurgence» veut dire pour toi?

La résurgence est différente pour tout le monde, mais pour moi;

La résurgence est de reprendre ce qui a été perdu sans en demander la permission.

La résurgence est chanson et langue.

La résurgence est l’acte de se rassembler et de manger tous ensemble.

La résurgence est un mouvement qui part de la terre jusqu’au ciel, en traversant les cours d’eau et les forêts.

La résurgence est le futur.


4. EXERCICES D’ÉCRITURE

Jeremy dit «Les mots ont un rythme. Tous les mots ont une cadence et une mélodie.» À ton tour – écris une phrase et répète-la jusqu’à ce qu’une mélodie se crée d’elle-même. Le poète romantique anglais Samuel Taylor Coleridge a déjà dit que la poésie était «les meilleurs mots dans le meilleur ordre». Fais une liste de certaines de tes phrases préférées et répète-les, encore et encore, tout en restant attentif au rythme. Écris un poème de dix lignes, composé de phrases qui suivent ce même rythme. Comment le rythme affecte-t-il les mots que tu choisis, l’ambiance et le ton du poème? Expérimente en changeant l’ordre de certains mots et compare les différents rythmes que cela peut créer. Peux-tu le chanter?

En entrevue, Jeremy a décrit son style unique comme «une fusion classique de jazz autochtone». Réfléchis à la façon dont différentes traditions peuvent être mélangées pour créer un nouveau son. Quels sont les sons qui t’entourent? As-tu une idée de ce que ta lignée créative pourrait être? Fais une liste de tous les sons qui t’ont accompagné de l’enfance à l’adolescence: le trafic de la ville? Le vent qui fait vibrer la maison? Des gens qui rient, qui se chicanent ou les deux? Quels oiseaux vivaient près de chez toi? Est-ce qu’il y avait de la musique qui jouait chez toi? Qu’est-ce que tu entendais dans l’auto ou au centre commercial? Et quels sons perçois-tu comme «tes sons», ceux que tu recherches activement. Écris un poème, une histoire ou un essai qui incorpore tous les sons qui composent la bande sonore de ta vie.


5. CVR: IMAGINE UN CANADA

Le Centre national pour la vérité et réconciliation (CVR ) fait appel aux jeunes pour que chacun d’eux Imagine un Canada dans une optique de Réconciliation! Quelle est ta vision de la Réconciliation? À quoi ressemble-t-elle?

Imagine un Canada est une invitation aux jeunes, de partout à travers le pays, à partager leur vision de ce que pourrait être la Réconciliation. Cela peut être un poème, une chanson, une peinture, une sculpture, un rap, un dessin, un essai, tout est permis! Cette invitation est lancée chaque année pour s’assurer que les jeunes continuent de prendre part à la vision de la Réconciliation au Canada. Imagine un Canada est parfait pour les étudiants, de la garderie aux études post-secondaires, pour explorer le passé et notre périple commun vers l’avenir. Nous voulons être collectivement tournés vers le futur de la Réconciliation et la jeunesse mérite de se faire entendre dans le cadre de cette discussion visionnaire. Imagine un Canada est une bonne manière pour les jeunes de, non seulement se sentir comme des citoyens concernés, mais aussi comme des citoyens porteurs de changement. Il faut les encourager à représenter le changement qu’ils désirent voir dans le monde.

Lorsqu’on étudie le travail d’artistes autochtones contemporains, il est important de considérer la relation trouble entre le Canada et les Premières Nations et la vérité relative à l’histoire des pensionnats, une approche que le CVR supporte dans le cadre de l’enseignement scolaire. À mesure que les étudiants en apprennent plus sur notre histoire, il est important de mettre à leur disposition des façons de contribuer au changement. Apprendre la vérité sur l’histoire des pensionnats peut être, sans contredit, extrêmement troublant. Nous voulons donc continuer à l’enseigner tout en proposant des occasions pour créer un futur meilleur. Imagine un Canada est une de ces occasions.

Les amis et partenaires du CVR de partout à travers le pays aideront à évaluer les soumissions de chaque région et un participant par province et territoire sera choisi chaque année pour assister à la célébration nationale de Imagine un Canada!

 

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